juillet 2020 – Suite de Avoir presque quarante ans
Il fallait bien que je revienne vous tenir au courant !
Plus d’un an après mes presque quarante ans, à quelque un mois d’un nouveau changement au compteur : le zéro va laisser place à un « un ».
Le quatre va commencer à faire banal, posé là sur le gâteau. Un an de plus, un coup de marteau de plus sur la dizaine.
Tout au long de cette année, je n’ai pas été capable de dire que j’avais qu****** ans. « J’ai un quatre et un zéro », c’est comme ça que je dis mon âge. « Un quatre et un un » va moins marcher, si ça se trouve les gens l’additionneront et croiront que j’ai cinquante ans. Il faut que je trouve un nouveau truc.
Pour moi c’est aberrant, cet âge. Je le sens comme un déguisement qui ne me plaît pas, et qui ne me va pas. Pour autant, je ne trouve pas si décalé de ne plus avoir trente. Les cinq années à partir de 35 sont une porte de sortie qui vous prépare, vous met dehors gentiment.
Il faudrait un truc au milieu. Une espèce de sas intemporel. Où vous n’avez pas d’âge. Où vous êtes juste vous, où vous êtes bien. Qu’on ne vous embête pas, avec ces histoires.
Les maths, les chiffres, c’est tellement rasoir tout ça. Tellement plombant, tellement terre à terre. C’est les mots, les plus sympas. Eux ils vous laissent tranquille. Ils vous prennent comme vous êtes, vous cèdent toute la liberté qui vous fait plaisir, ne vous ramènent à aucune réalité imposée !
L’urgence des presque quarante ans est bien retombée. Elle a bien laissé place à de nouvelles choses, inattendues, non calculées, non provoquées. L’intérieur de moi est apaisé, content, sans besoin pressant d’accomplir, sans impression de timing trop serré.
« Ça y est, de toutes façons c’est passé », se dit sûrement mon corps.
Et en vrai, ça fait du bien.
Je guette, voilà tout. Les petits changements.
Avec le quatre, on sait que notre corps s’apprête à vivre le deuxième plus gros bouleversement de notre vie, après l’adolescence. On était alors plus insouciante, plus étrangère à ces petites transformations de nous. Là, on les attend, avec un sentiment d’impuissance et d’inexorabilité.
Les yeux un peu plus fatigués, l’ouïe un peu moins perçante, les traits dans la peau un peu plus creusés, le brun des cheveux un peu moins luisant, les petites douleurs par-ci par-là un peu plus souvent… Autant de petites ficelles tirées par le temps pour nous dire qu’il fait son petit travail comme convenu.
Je crois qu’il ne faut pas systématiquement en rire, ni les éloigner dans le déni. Il faut les accueillir, les respecter, les entourer d’un minimum de prudence médicale. Leur trouver un sens aussi, leur permettre de donner des nouvelles directions, à notre façon d’être, à notre façon d’aimer, de donner un souffle différent aux projets qui nous tiennent à coeur.
Ma mère et ma soeur m’avaient offert pour cet anniversaire du quatre et du zéro, un saut en parachute. « Tu cries tout ce que t’as ! », m’avait dit ma sœur (je l’ai écoutée !). Quelques jours après, mon père m’offrait un tour de parachute ascensionnel. Que de symboles, même pas faits exprès ! C’est comme ça que j’ai vécu ce passage, tout en lâcher-prise et sensations grisantes.
Puis je me suis laissée porter par le hasard et la joie de la vie, qui ont bien fait les choses.
Et plusieurs mois et une pandémie plus tard, me revoilà bientôt à nouveau devant les bougies.
Avec cette vague amertume, cette légère sidération de voir le temps tourner si vite.
D’où vient cette croyance que notre beauté a quelque chose de gâché par rapport à nos décennies précédentes ? Qui l’entretient ? Comment peut-elle être aussi ancrée, dans les regards des autres, le notre sur nous-mêmes ? Pourquoi cette gêne à se montrer, telle que l’on n’est plus ?
C’est la faute à Ronsard, et ses roses de la vie. La faute aux pubs, qui mettent nos visages à côté de fruits d’été tous rabougris pour qu’on achète des crèmes.
« Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle. »
Ronsard, je serai toujours belle, autant que je me l’accorderai. Ronsard, nos mamans sont belles, nos mamies sont belles. Nos visages ont beaucoup ri, beaucoup souri, beaucoup pleuré : c’est la vie qui s’y grave. C’est joli. Quarante ans peuvent s’y lire. Cinquante ans. Soixante ans. Soixante-dix, quatre-vingt. Des couches de vie, toujours plus, toujours mieux, entièrement, intensément, joyeusement, sereinement.
Anti-âge. Quelle violence quand on y pense, dans cette dénomination marketing ! Comme un besoin de lutter contre un fléau, un danger, un parasite…
Ronsard, Loréal : je vais avoir quarante et un an. À moi de me sentir belle, à moi de sentir qu’il n’y a rien à combattre, rien à cacher, rien à redouter. Juste à vivre, à aimer, à prendre soin de moi, de ceux que j’aime, à rire, à m’émerveiller et à rêver. Tout pareil, en somme.
C’est juste une année, une bougie de plus. Juste la vie, juste l’histoire, et la liberté que j’ai de continuer à l’écrire et à y mettre ce que je veux ❤