décembre 2017
Je crois que cette idée d’article m’est venue naturellement, comme le fruit de toutes les conversations que j’ai pu avoir dernièrement avec des gens autour de moi, dans le contexte des dénonciations d’abus à l’encontre des femmes.
Que ce débat publique a été utile. J’ai la chance de n’avoir personne « à balancer ». Je ne sais pas trop quoi penser du fait-même de « balancer » : quelque chose me dérange un peu dedans, mais j’estime n’avoir pas le droit de le critiquer.
Quoiqu’il en soit, nous venons probablement de vivre une petite révolution. Une libération de la parole qui a ce petit goût de « il y avait un avant et maintenant il y a un (début d’)après ».
Et c’est passionnant, et c’est plein d’implications et de conséquences fascinantes à observer et méditer.
J’en viens à mon propos pour cet article : il y a des « porcs », et il y a des hommes bien. Une majorité d’hommes bien (j’espère que vous serez d’accord avec moi). Et ceux-là, peut-être, sont un peu perdus, dans ce débat. Ceux-là, peut-être, méritent qu’on parle un peu d’eux aussi.
Parce que c’est vrai, quand on y pense : ils nous rendent des beaux hommages, régulièrement, dans des chansons, dans des textes littéraires. « Femmes, je vous aime », quelle touchante déclaration… Mais nous, on prend rarement le temps et les mots de faire pareil 1. Pour ceux qui en valent la peine, pour ceux qui sont « les hommes bien ». Peut-être que c’est aussi utile que de parler des porcs. Pour faire avancer les choses, qu’elles aillent dans le bon sens. Alors voilà, je me lance…
Imaginons-les à un carrefour. Une croisée de multiples chemins. Avec des pancartes. Plein de pancartes. Des flèches qui emmènent vers de larges voies, dans lesquelles s’engouffre un flot continu de leurs congénères, qui semblent confiants, à l’aise, ne pas se poser de questions ; d’autres qui indiquent des chemins en apparence moins praticables et conduisent peut-être vers des destinations moins directes. Des petits écriteaux disposés un peu partout attirent leur attention sur des dangers, des pièges, des interdictions, des choses à savoir. Pendant que certains d’entre eux s’interrogent, immobiles, sur le chemin à prendre, d’autres reviennent à contre-sens au point de départ, peut-être dépités, peut-être malheureux, peut-être satisfaits d’avoir compris, d’avoir appris de leurs éventuelles déconvenues, peut-être gonflés de l’envie de repartir sur un autre chemin, ou bien même de retenter le même.
Ces chemins possibles, c’est la télévision, le cinéma, les rockeurs, les rappeurs, les médias, les publicités, les Proust, les Flaubert, les religions, les mamans, les papas, les potes, les politiques, les copains de comptoir, les collègues de travail, qui font leur diversité, leurs contradictions, leur enchevêtrement. Certains leur disent qu’ils sont tous-puissants, certains qu’il faut avoir une rose à la bouche, d’autres qu’il faut paraître indifférents, d’autres encore qu’il faut se méfier… Tellement d’influences, tellement de modèles envahissants, omniprésents…
Et c’est à ce carrefour, au milieu de cet inextricable bordel (oui oui j’ai dit bordel !), que l’on peut faire la rencontre de tous les hommes bien qu’il existe dans ce monde. Ils ont cette extraordinaire force, non pas celle de faire retentir le jackpot en un uppercut dans un punching-ball de fête foraine (quoique rien n’empêche qu’ils l’aient aussi, exit les clichés…), mais celle de résister à toutes les influences. Celle d’être eux-mêmes, pas de suivre un modèle. Celle d’avoir le cœur ouvert, sans préjugé, sans aucune hantise qu’on les croie faibles, sans aucune peur de montrer qu’ils sont parfois sensibles, parfois pris de doutes, parfois affectés, bref : humains…
Un homme romantique, un homme protecteur, un homme timide, un homme extraverti, un homme sérieux, un homme fidèle, un homme séducteur, un homme ambitieux, un homme papa poule, un homme sportif, un homme bon vivant, un homme intellectuel, un homme macho, un homme aventurier, un homme artiste, un homme bricoleur, un homme élégant, un homme sophistiqué, un homme à la cool, un homme passionné, un homme raisonnable, un homme maniaque, un homme fonceur, un homme brillant, un homme humble, un homme intrépide, un homme prudent, un homme blagueur, un homme démonstratif, un homme discret, un homme gentil, un homme râleur, un homme bourru, un homme énergique, un homme posé, un homme hyperactif, un homme lent, un homme dur à cuire, un homme fleur bleue, un homme pudique, un homme observateur, un homme entreprenant, un homme bonne pâte, un homme bavard, un homme à l’écoute… Qu’elle est superbe cette palette de personnalités. Qu’elle est riche. Quelle belle infinité de combinaisons elle permet : de façons d’être pour un homme, car on n’est jamais une seule chose à la fois, et puis on n’est jamais une même chose d’un moment ou d’un âge qui s’écoule à un autre ; et de rencontres possibles, avec une femme ou un autre homme, qui attendent exactement ce que vous êtes.
Le débat d’égalité et de respect mutuel ne doit pas empêcher les hommes d’être des hommes. Être un homme n’est pas un problème. Être une femme ne doit pas en être un non plus. Et rien ne devrait les rendre forcées de se donner les traits d’un homme. Si pour vous c’est une évidence : vous avez choisi le bon chemin, continuez à avancer, confiant, à être vous-même et sentez-vous séduisant. Vous êtes beau !
Bien sûr rien n’est jamais aussi simple et limpide que dans un papier écrit à tête reposée, avec des mots choisis et des ondes positives et des envies d’idéal plein le cœur. Bien sûr la vie assombrit des zones. Bien sûr certaines réalités sont cruelles, douloureuses, difficiles. Mais l’échange de points de vue, la confrontation des idées, l’expression des ressentis par les uns et les autres sont indispensables pour arriver à une situation d’équilibre, où les malentendus seraient effacés du mieux possible. On doit en passer par là. Par cette phase un peu maladroite où l’on n’a pas encore de repères clairs, où l’on ne sait pas encore exactement où mettre la ligne entre les bons et les méchants. Pointillée la ligne, parce qu’on peut toujours passer de l’autre côté…
Enfin, puisque mon petit article est avant tout un hymne, et puisque nous avons déjà évoqué Julien Clerc ! À sa façon je vous déclarerai, persuadée que ce soit en chœur avec toutes les femmes de vos entourages, toute l’admiration et tout le respect que j’ai pour vous qui savez être des hommes, des vrais : des hommes qui n’écrasent personne. Hommes, on vous aime 🙂
- Ou peut-être que si mais que c’est un manque de culture de ma part…